François-Michel Lambert
Ce n’est pas Lambert le problème… » interview de François-Michel Lambert dans Plastiques et Caoutchouc

La loi Egalim a été publiée au Journal Officiel du 1er novembre, ouvrant la voie à l’interdiction de certains objets en plastique à usage unique. Interview à cette occasion du député écologiste François-Michel Lambert qui vient de présenter aux industriels concernés une stratégie plastique à long terme.
 

Quel était votre objectif en déposant cet amendement à la loi Egalim interdisant plusieurs objets en plastique à usage unique ?

L’idée au départ était de déposer un amendement d’appel afin de créer un débat dans l’hémicycle. Mais les circonstances ont fait qu’il a été adopté en l’état et confirmé par la suite… J’ai cependant le regret de ne pas avoir ajouté à la liste d’autres plastiques comme par exemple ceux utilisés pour emballer les fleurs coupées pour lesquels il existe des alternatives en papier kraft. Car plutôt que d’entrer dans une chasse systématique aux plastiques, je voudrais plutôt que nous utilisions notre intelligence collective pour faire en sorte que ces polymères soient utilisés là où ils sont vraiment utiles. La posture d’immobilisme de certains industriels qui ne sentent pas ce mouvement de société est regrettable. Ce n’est pas Lambert le problème, c’est l’évolution rapide des attentes de la société.
 

La rédaction de cet amendement paraît floue et entre en contradiction avec la feuille de route sur l’économie circulaire. Ces interdictions seront-elles applicables ?

La balle est désormais dans le camp du gouvernement à qui il appartient de rédiger le décret d’application. C’est à l’exécutif de trouver le chemin pour ne pas se retrouver en décalage par rapport aux fortes attentes sociétales sur ce sujet. Et d’articuler ces mesures avec celles de la feuille de route, qui a une valeur politique mais pas législative, dans le cadre du projet de loi sur l’économie circulaire prévue pour le printemps 2019.
 

Vous avez organisé une première rencontre avec les industriels concernés le 5 novembre. Dans quel but ?

Je veux trouver une voie permettant de confirmer l’utilisation des plastiques là où ils sont indispensables et de les substituer dans tous les autres cas. Il est possible de transformer un modèle industriel en posant un projet à long terme. J’ai ainsi présenté aux professionnels de l’emballage plastique une trajectoire qui propose d’aboutir au zéro plastiques pétrosourcés en 2050, en combinant alternatives durables, matières premières biosourcées ou recyclées. Objectif : réduire la quantité de plastique consommée en 2050 au niveau de 2020 et faire de la France un leader international en la matière. Cela devra passer par l’instauration d’une fiscalité plastique spécifique. Nous proposons par exemple de mettre en place une Agence nationale des plastiques et des alternatives durables, de taxer la distribution gratuite d’objets en plastique, de créer un fonds d’investissement consacré aux alternatives durables ou encore un dispositif de suramortissement pour l’achat d’équipements favorisant l’utilisation de résines biosourcées ou recyclées.
 

Propos recueillis par Henri Saporta et Fabian Tubiana






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