François-Michel Lambert
En juin 2018, François-Michel Lambert écrit à Nicolas Hulot concernant la Centrale de Gardanne

En juin 2018, François-Michel Lambert écrit à Nicolas Hulot concernant la Centrale de Gardanne

Article La Provence - Par Carole Barletta
Mercredi 29/08/2018 à 11h30
 
La reconversion en biomasse ? En suspens. La fin annoncée du charbon ? En cours de réflexion. Et désormais, c'est le ministère qui est en phase de transition énergétique...
 
Début septembre, Sébastien Lecornu, secrétaire d'Etat à la Transition écologique, devait - avant l'annonce de la démission de Nicolas Hulot - rencontrer les élus du bassin minier pour amorcer le pacte de transition énergétique : comment accompagner la disparition annoncée par le gouvernement pour 2022 des quatre centrales françaises qui fonctionnent encore au charbon.
 
Parmi celles-ci, l'usine de Gardanne sur laquelle planent bien des inconnues. Car la transition engagée par Uniper avec le passage de la tranche IV à la biomasse a aussi du plomb dans l'aile. En juin 2017, le tribunal administratif a annulé l'autorisation d'exploitation délivrée par la préfecture, suivant ainsi l'argumentaire des associations et collectivités plaignantes. Brûler du bois à la place du charbon d'accord, mais sans mettre en péril la forêt méditerranéenne dans laquelle l'industriel entend puiser pour ne pas tomber dans une importation massive qui ferait désordre en terme environnemental. Le tribunal a pointé la légèreté du plan d'approvisionnement, sommant à rendre une copie plus élaborée. Ce qu'Uniper a fait en remettant en mars une nouvelle étude d'impact.
 
Depuis, rien. L'État, sous l'impulsion de Nicolas Hulot, ex-ministre de la Transition énergétique, et l'industriel, ont fait appel du jugement. Entre-temps, la cour administrative d'appel a décidé de surseoir à l'autorisation d'autorisation temporaire délivrée par la préfecture. Dans l'attente de la décision sur le fond de la justice, Uniper poursuit son chemin et après deux ans de retard, la tranche biomasse est opérationnelle.
 
Si, lors de l'audience prévue au dernier semestre de cette année, la Cour suit le tribunal administratif, la nouvelle étude est d'ores et déjà sur le bureau des services de l'État, ce qui fera considérablement gagner du temps pour une éventuelle nouvelle instruction du dossier.
 
Si le temps de la justice est long, celui des prises de décision gouvernementales n'est pas mal non plus. Annoncée avec fracas l'été 2017, la fin du charbon en France devait s'accompagner rapidement de la mise en place de contrats de transition énergétique. Si ces derniers s'adressent à de nombreux territoires sous tension, ils privilégient les zones où doivent fermer les centrales. Le gouvernement se penche donc à la rentrée sur le sort du bassin minier. Enfin, peut-être.
 
" Tout est lié, assure avec fatalité Nadir Hadjali, secrétaire adjoint de la CGT, aussi bien l'avenir de la biomasse à Gardanne que celui du charbon ". 180 salariés sont dans une expectative insupportable et la CGT a déjà annoncé la couleur en cas de persistance du gouvernement. La direction d'Uniper se trouve également dans une position inconfortable. Même si son autorisation d'exploitation repose sur une garantie de valeur de rachat de l'électricité non carbonée produite, elle a investi 250 millions d'euros pour la conversion du site.
 
Là-dessus, ajoutons la démission de Nicolas Hulot. Si la transition énergétique concerne même les ministres...
 
F.-M. Lambert, député : "Je vais hausser le ton"
"Ils" nous l'ont énervé, le député En Marche (ex-Europe Écologie Les Verts) de Gardanne. Dans les colonnes du Monde cet été, il menaçait de créer un groupe parlementaire pour tenter d'infléchir la politique environnementale d'un gouvernement qu'il dit toujours soutenir mais sans enthousiasme - "Ce gouvernement semble plus préoccupé par la dette publique que par la dette écologique", regrettait-il. Il aurait été présent en début d'été lors d'une réunion houleuse en présence de Nicolas Hulot et de représentants syndicaux de la centrale, à la suite de laquelle il a écrit au ministre pour l'interpeller sur les "conséquences sociales et économiques" de la fin du charbon. Une mesure qu'il juge "symbolique" mais nécessaire face aux enjeux du changement climatique pour affermir la position de la France dans les négociations internationales.
 
Dans ce courrier, il appelle le ministre à "la mise en oeuvre d'une réponse à la hauteur du sacrifice demandé aux salariés et à leurs familles. Ils ne sont en rien responsables du choix politique. Nous devons trouver des solutions rapides pour maintenir les emplois. Il en va de la crédibilité de la parole publique". Et de suggérer de faire de Gardanne un site pilote en matière d'innovations technologiques, "un centre de recherche dans le domaine de la production d'électricité et la réduction des polluants liés à la combustion du charbon", "à condition qu'Uniper démontre une réelle volonté d'investissement".
 
Peut-être désormais la parole encore plus libérée depuis le départ de Nicolas Hulot, F.M.L. martèle : "Les salariés de la centrale ont fait ce que l'entreprise a demandé, on ne peut sacrifier 300 familles sur l'autel d'une décision politique (la fin du charbon, ndlr). La mise en dynamique des territoires au travers des pactes est primordiale mais il n'y a pas de budget. On se doit d'être à la hauteur ! Sinon, la centrale de Gardanne, on ne la fermera pas !"
 
La fin du charbon inéluctable ? En Loire-Atlantique, EDF teste la reconversion… à la biomasse
Uniper possède également la centrale thermique de Saint-Avold (Moselle) mais c'est EDF qui est propriétaire des deux autres centrales au charbon, au Havre et à Cordemais (Loire-Atlantique). Des centrales qui elles aussi, entrent dans le circuit de production énergétique lorsque le pays traverse des pics de consommation, comme en période hivernale, et que la production nucléaire ne suffit plus.
 
EDF a lancé des expérimentations dans le cadre de programmes de recherche à Cordemais. Le projet Ecocombust ambitionne l'abandon progressif de l'énergie carbone au profit de la biomasse, à base de déchets verts, bois et combustibles de récupération, à la différence d'Uniper qui vise aussi les coupes d'arbres. Des tests ont permis de produire de l'énergie en utilisant 80 % de biomasse et 20 % de charbon. Direction d'EDF, salariés et élus de Loire-Atlantique visent l'abandon du charbon et un modèle technologique exportable de par le monde mais ont besoin d'un moratoire : 2022 serait la date butoir pour réussir à réduire déjà de 50 % la production à partir du charbon. Dans les colonnes de Presse Océan, Ronan Dantec, sénateur écologiste de Loire-Atlantique y croit : "la fin de la centrale n'est plus inéluctable."
 
La différence étant que la centrale de Gardanne doit tourner quasiment toute l'année, avec 7 500 heures, contre deux mois pour Cordemais. On est donc loin des mêmes volumes de consommation de biomasse, et donc, de besoins humains.
 
Mission d'évaluation socio-économique
 
La fin du charbon en France a été annoncée par Emmanuel Macron lui-même, et Nicolas Hulot le confirmait dans son Plan climat en juillet 2017. Le discours récurrent de la CGT est de rappeler que la part des centrales au charbon ne représente que 1,8 % de la production d'électricité en France ; par conséquent, leur contribution aux émissions de CO2 ne pèse pas lourd par rapport à d'autres activités, comme le transport. La casse sociale de leur fermeture serait telle - 5 000 emplois selon la CGT Mines-Energie - que le ministre de la Transition écologique a lancé une mission d'évaluation socio-économique, laquelle devait être rendue publique cet automne. C'est tout le sens des projets de reconversion viables. Et donc, de la réunion qui doit se tenir à la rentrée à l'hôtel de Roquelaure avec les représentants du bassin minier... si elle est maintenue.

En juin 2018, François-Michel Lambert écrit à Nicolas Hulot concernant la Centrale de Gardanne




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