François-Michel Lambert
Energie renouvelable, le miracle portugais…
Le Président Emmanuel Macron s’est éloigné de la chaleur parisienne pour une visite de deux jours en Espagne et au Portugal. Au menu la construction  européenne et la question de l’énergie.

Les deux premiers Ministres socialistes, Pédro Sanchez pour l’Espagne et Antonio Costa pour le Portugal ne manqueront pas de lui rappeler leur fort attachement à la construction européenne, leur humanisme et leur crainte de voir le continent se désintégrer sous les coups de boutoir des  populistes. Et ils penseront sans doute à leurs cousins italiens, ces gens du sud pourtant si attachants mais trop excessifs sur la question des migrants.

Cette rencontre sera aussi l’occasion de poser la question de leur indépendance et de leur interconnexion énergétique au reste du continent  européen.

On parle de petit miracle portugais pour mettre en avant la modernité du pays, ses performances économiques, sa diversité culturelle, son vivre ensemble… autant de facteurs d’attractivité qui en font aujourd’hui un modèle.   C’est vrai, le Portugal bénéficie d’une des meilleures croissances de la zone euro et le « bloc de gauche » au pouvoir depuis 2015 est parvenu, en à peine trois ans, à quasiment éradiquer son déficit budgétaire tout en faisant baisser le chômage.

Un modèle social et économique le Portugal ? Sans doute… Et l’histoire nous dira si ce modèle a tenu dans la durée, avec le soutien de l’opinion et le regard inspiré du reste de l’Europe. Mais il est un autre modèle dont il faudrait se réclamer : le modèle énergétique, courroie de transmission de la transition écologique dont le Portugal se recommande…

Il faut savoir que le Portugal a réussi l’exploit, au cours des deux dernières années de  produire plus d’énergie renouvelable qu’il en a consommées. Mais faute de stockage et d’interconnexion avec d’autres réseaux électriques européens, le surplus n’a pu être utilisé ni même vendu à ses voisins européens.  C’est cette question qui sera traitée à l’occasion de cette rencontre.

Le Portugal a verdi son électricité principalement par l’énergie éolienne et hydro électrique, jusqu’à dépasser le besoin de consommation en énergie du pays. Ce résultat a été rendu possible par la forte baisse de la part prise par les centrales à charbon, par ailleurs très polluantes.

En lançant des projets très ambitieux et en faisant preuve d’un courage politique sans faille, nos amis portugais ont démontré que des progrès rapides sont toujours possibles en matière de transition écologique. D’autres pays empruntent cette voie des énergies renouvelables avec la même volonté de changer la donne  dans des temps record : l’Irlande, le Danemark, la Grande Bretagne à l’horizon 2025 tireront plus de 40% de leur énergie des sources renouvelables. 

Tout est donc possible, pour notre pays aussi, dont les énergies renouvelables constituent aujourd’hui la quatrième source d’énergie primaire après le nucléaire, les produits pétroliers et le gaz. C’est un bon début, sans doute, mais largement insuffisant quant au sait que la part de l’éolien France représente un peu mois de 4% contre 22% au Portugal.

La France peut faire, la France sait faire, la France dispose de tous les atouts pour accélérer la transition énergétique, passer aux énergies propres et peu à peu sortir de sa dépendance au nucléaire et de ses coups faramineux.

Nous avons le 2ème gisement de vent d’Europe, le 5ème ensoleillement, d’abondantes ressources hydrauliques, la deuxième zone économique maritime mondiale, de nombreux gisements géothermiques, bien plus que de nombreux pays…

L’expérience portugaise doit nous inspirer comme le retard pris dans la fermeture de Fessenheim, consécutif au retard catastrophique de l’ouverture de l’EPR de Flamanville, qui a déjà coûté plus de 10 milliards à notre pays, doit nous inquiéter.

Les enjeux de la transition énergétique sont cruciaux et ils inventent demain : lutte contre le changement climatique, indépendance énergétique, sortie du nucléaire et réduction des importations d’énergies fossiles… mais surtout nouvelle croissance économique, nouveaux emplois…

C’est vers ce nouveau modèle de développement, comme le Portugal l’a compris, que toutes les énergies doivent désormais converger.




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